Vendredi 07 novembre 2014, 17h30, l’heure de la première « Visite Apogée Culture ». Elle a lieu à l’Odyssée, unique cinéma associatif de la ville de Strasbourg, en présence de Faruk Günaltay, son directeur.

Celui-ci nous accueille dans le hall de la grande salle orné de dorures, d’affiches de cinéma et de fauteuils rouges profonds. Sur un paysage sonore animé par le jet du café en bas, par les sons qui s’échappent du film diffusé dans la grande salle, par les trams qui s’agitent dehors, il nous présente l’un des cinq derniers théâtres cinématographiques du monde. Cela relève d’une invention du célèbre Charles Pathé qui cherchait à construire un avenir économique au cinéma depuis la fin du XIXème siècle, alors que les films étaient avant tout diffusés dans les brasseries, les cirques et les maisons closes. A partir des années 1900, l’entrée dans les salles sera payante, et ce, à chaque projection.

« L’art rapproche quand la politique et l’histoire divisent »

L’Odyssée ouvre ses portes sous l’occupation allemande, en 1914, sous le nom d’Union Theater, en référence au célèbre Union Theater de l’Alexander Platz à Berlin, avec la projection de L’Etudiant de Prague de Paul Wegener. C’est d’abord une mono-salle commerciale à écran unique gérée de manière privée. A la fin des années 1950, le bâtiment est récupéré par la ville et change de nom en 1961 pour s’appeler l’ABC afin d’arriver en première place dans les classements des cinémas alsaciens. Il est alors géré par le groupe Gaumont qui possède à l’époque l’Eldorado, le Studio Kléber et le Ritz mais il ferme en 1986, faute de rentabilité.

« Nous luttons pour la diversité culturelle»

L’association des Rencontres Cinématographiques d’Alsace (RCA), une des seules associations cinéphiliques à Strasbourg, voit alors dans ce cinéma la possibilité de réaliser son projet : faire rentrer le cinéma dans les stratégies pédagogiques en accueillant et en formant de jeunes élèves et étudiants à l’art cinématographique. Grâce au soutien de Catherine Trautmann en 1989, elle récupère le cinéma, qui prendra le nom de l’Odyssée. Le bâtiment est restauré et ouvre le 24 septembre 1992.

« Retrouver l’audace du cœur »

Cette année, l’Odyssée a fêté ses 100 ans et se porte bien, la délégation de service public contractée entre la ville de Strasbourg et les RCA se poursuivant jusqu’en 2016. Fier d’une programmation originale nourrie de films du monde entier, petites comme grosses productions, anciennes comme récentes, ce cinéma défend un art de faire du « cinéma autrement » en s’affranchissant des contraintes commerciales et discriminatoires imposées par le marché cinématographique. « Nous luttons pour la diversité culturelle » affirme Faruk Günaltay qui nous explique que dans un cinéma chacun connaît une dissolution de sa personne pour mieux s’immerger dans la salle et dans les personnages des films. L’Odyssée est labellisé « art et essai » et « recherche », soutenu par une bibliothèque cinématographique riche en sous-sol. Ce cinéma se bat chaque jour pour défendre la fenêtre qu’il ouvre sur la beauté du cinéma pour le cinéma.

Faruk Günaltay a fait khâgne, hypokhâgne puis des études de philosophie et d’histoire. Passionné de cinéma depuis 1959, il est membre de l’association des Rencontres Cinématographiques d’Alsace. Il construit, depuis le début des années 1990, la programmation improbable de l’Odyssée. A la question « comment sélectionnez-vous les films ? », celui-ci répond modestement qu’il dort peu.

Fiche de présentation Odyssée

Pour plus d’informations : http://www.cinemaodyssee.com/