• Conférence « Le signe et le politique » – janvier 2012

    La conférence « Le signe et le politique », fruit d’une collaboration entre l’Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg et le Master 2 Politique et Gestion de la Culture de Sciences Po Strasbourg est parvenue à son objectif : faire en sorte que deux univers se rencontrent, à travers l’échange et la rencontre. Elle constitue la première pierre d’une aventure culturelle entre ces deux écoles qui ne fait que commencer ! Trois intervenants ont animé cette conférence qui se tenait à l’IEP et a rassemblé un public éclectique d’environ 80 personnes:

    Caroline Lehni
    Maître de conférences en anglais, langue et civilisation à l’IEP de Strasbourg. « Les peintures murales en Irlande du Nord des années 1920 aux années 2000 ». L’intervenante s’est attachée à montrer en quoi les deux camps qui s’opposèrent en Irlande du Nord ; les protestants, unionistes, loyalistes d’un côté, et les catholiques, républicains, nationalistes de l’autre, exprimèrent leurs aspirations politiques et identitaires à travers les peintures murales.
    Dans un premier temps, elle est remontée à la période 1920-1960 qui marqua l’émergence des traditions picturales de ces deux communautés et se caractérisa par des peintures murales presque exclusivement loyalistes, au service d’un unionisme triomphant. En effet, la communauté catholique, minoritaire et discriminée, s’était vue interdire par le Flags and Emblems Act de 1954 tout déploiement de symboles irlandais. Il fallut attendre l’année 1969 et l’intervention de l’armée britannique en Irlande du Nord, pour qu’apparaisse la première peinture nationaliste, symbole de la résistance catholique à l’oppression nord-irlandaise. Dans un second temps, l’intervention a porté sur l’usage des images à l’époque du conflit. A partir du début des années 1980, les grèves de la faim menées par Bobby Sands et l’appel à la lutte armée par l’IRA devinrent les principaux thèmes des peintures nationalistes et jouèrent un rôle dans la campagne électorale de Sinn Fein. A cette même période, la peinture loyaliste connut un renouveau à travers sa récupération par les milices.

    -Simona Tersigni
    Maître de conférences en sociologie (Université Paris-Ouest Nanterre la Défense). « Le voile et de la burqa ». Il s’agissait pour l’intervenante de rendre compte, à travers plusieurs exemples, de la multiplicité des significations et des usages du voile, en se basant notamment sur l’ouvrage de F. Gaspard et F. Khosrokhavar, Le foulard et la République. Plusieurs pistes de réflexion furent abordées. La question du symbole du voile : signe de la subordination de la femme ou d’un féminisme spécifique ? La question de la crise de l’identité nationale et de la souveraineté dans l’Etat-nation (L. Auslander). L’articulation du voile avec des enjeux sexuels : le corps des femmes serait instrumentalisé dans des représentations visuelles et servirait de métaphore d’enjeux de contrôle territorial (C. Hancock). Le parallèle entre le voile et les logiques coloniales, notamment à travers la rhétorique d’émancipation et les cérémonies de dévoilements qui ont eu lieu en Algérie pendant la guerre de Libération. La burqa serait quant à elle perçue dans nos sociétés actuelles comme le signe de l’incapacité des musulmans à s’intégrer, de leur haine vis-à-vis des occidentaux, et servirait donc de prétexte à la fermeture des frontières. Le voile a donc commencé à devenir un signe du territoire violé par des migrants sexistes et dangereux dans le monde contemporain.

    -Olivier Deloignon
    Docteur en histoire de l’art et de la typographie, professeur à l’Ecole supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg, chargé de cours en histoire de l’art à l’Université de Strasbourg. « La politique du signe. La pédagogie moderniste de Zodiaque ». Cette intervention avait pour but
    de fournir une analyse du signe à travers les éditions Zodiaque qui remirent en cause la typographie classicisante. Prolongation théorique et graphique de l’Atelier monastique du Cœur Meurtry, cette revue fut considérée comme une opportunité pour le milieu ecclésiastique pour rénover ses lecteurs.
    Ces éditions portèrent un soin particulier à la mise en page, et notamment à la mise en page du blanc. L’illustration n’était plus seulement commentaire du texte, mais servait de médiation, et l’espace de blanc entre le texte et l’image était considéré comme un espace de réflexion, susceptible de porter une pensée. Les éditions Zodiaque s’appuyaient sur une vision architectonique de l’espace livresque dans lequel l’image pouvait se déployer à loisir, dépassant la notion traditionnelle de texte/image.