Visites Apogée Culture 7 et 8: La Comédie de l’Est à Colmar et la Kaserne à Bâle 2/2

Le jeudi 29 janvier 2015, Apogée Culture et des étudiants de l’Université de Strabourg ont exploré les contours culturels des frontières du Rhin en visitant la Comédie de l’Est à Colmar et la Kaserne à Bâle en Suisse. Exploration administrative à travers les mots de Thomas Keller, directeur administratif, et Nico Grüninger, chargé de la communication et de l’éducation culturelle, de la Kaserne.

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Participants aux visites de la CDE et de la Kaserne © DALGO
  • Un espace dédié à la création contemporaine en musique, en théâtre et en danse

La Kaserne de Bâle se situe dans un enclos bordé d’une ancienne église.

Au XIXème siècle, des militaires achètent ce que l’on appelle le petit Bâle, situé sur la rive droite du Rhin. Ils y construisent une caserne. Dans les années 1950, ils quittent le centre des villes. Ils vendent alors leur caserne à la ville de Bâle.

« Les bureaux sont placés à proximité des salles pour être au plus près des performances » Nico Grüninger

L’esprit artistique de cet enclos a émergé dans les années 1970 alors que des ateliers d’artistes sont installés dans l’église et que la ville approuve l’appropriation de cet espace par des arts alternatifs. Petit à petit, pour des raisons de sécurité et de voisinage, l’offre culturelle s’y est structurée pour finalement donner naissance à une association régissant la Kaserne de Bâle. Celle-ci abrite aujourd’hui des spectacles contemporains de musique, de théâtre et de danse.

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Accueil à la Kaserne par Thomas Keller à gauche et Nico Grüninger à droite © DALGO

« Il faut connaître le public » Thomas Keller

La Kaserne est en partie financée par la ville de Bâle mais cela ne constitue pas sa ressource majoritaire. Ses recettes sont largement constituées par la billetterie. Le tout forme un budget de 5 millions d’euros. Du mécénat complètent ces ressources.

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Une des salles de spectacle de la Kaserne © DALGO
  • L’art d’articuler des concerts et des spectacles

Elle a pour missions principales d’accueillir des concerts et des spectacles et se positionne comme un laboratoire pour la création contemporaine en arts de la scène et en musiques actuelles, bien qu’elle ne produise pas de spectacle seule. Cette structure privilégie la dimension internationale dans sa programmation. Chaque année, elle organise environ 270 manifestations et accueille 60 000 spectateurs.

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Les loges de la Kaserne © DALGO

« Le programme de la Kaserne, c’est aussi beaucoup de montage et de démontage » Thomas Keller

La plus grande performance de la Kaserne est de savoir articuler les spectacles et les concerts. Ces deux types d’événement ne nécessitent en effet pas la même organisation des salles, notamment en ce qui concerne les places assises et les réglages techniques. Cela implique beaucoup de montages et de démontages et une grande coordination dans la mesure où la Kaserne accueille parfois deux spectacles par jour.

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Thomas Keller © DALGO

Par exemple, un spectacle dans l’ancienne étable des chevaux peut accueillir 360 spectateurs ou 1200 personnes pour un concert. En outre, alors que l’une des salles est préparée pour le spectacle de théâtre Together de Marcel Schwald (les sièges du public sont répartis par petits groupes au service de la mise en scène), la salle voisine abrite des platines déposées sur des balles de squash pour éviter les secousses aux sons des DJ Shadows, programmés pour le lendemain de notre visite. Autre contrainte de gestion, les spectacles de théâtre se programment un ou deux ans à l’avance alors que les concerts ne sont en général organisés que quatre à cinq mois à l’avance.

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Préparation du concert des DJ Shadows © DALGO

Cet espace bénéficie d’un programme original et de l’espace transfrontalier mais les billets restent chers, notamment pour un public français qui n’a pas le même niveau de revenu qu’en Suisse : une place de concert coûte entre 30 et 45 euros. Cette structure établit néanmoins une politique d’abonnement et dispose d’un socle stable de personnes qui reviennent régulièrement.

La Kaserne ne dispose pas encore de salle de répétition mais, comme nous l’indique Nico Grüninger, des travaux de rénovation dans l’enclos pourront lui permettre d’acquérir de nouveaux espaces

Thomas Keller est le directeur administratif de la Kaserne. Il a d’abord étudié la littérature allemande puis a poursuivi sa formation avec un master de finance à Zurich. Il a étudié le théâtre en parallèle.

Nico Grüninger est chargé de la communication et de l’éducation culturelle. Il a étudié la littérature allemande tout en faisant du théâtre. Il a d’abord été engagé comme free-lance à la Kaserne pour organiser le Youth Club, autour de la médiation culturelle pour les enfants, avant d’occuper son poste actuel.

Visites Apogée Culture 7 et 8: La Comédie de l’Est à Colmar et la Kaserne à Bâle 1/2

Le jeudi 29 janvier 2015, Apogée Culture et des étudiants de l’Université de Strabourg ont exploré les contours culturels des frontières du Rhin en visitant la Comédie de l’Est à Colmar et la Kaserne à Bâle en Suisse. Exploration administrative à travers les mots d’Arnaud Koenig, administrateur, et Christel Laurent, responsable des relations publiques, à la Comédie de l’Est (CDE).

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La grande salle de la CDE © DALGO
  • Un Centre Dramatique National

La Comédie de l’Est est une association de la loi 1908 d’Alsace-Moselle donc de droit local. Elle a acquis le label de centre dramatique national (CDN) en 2013. Elle est donc, à ce titre, majoritairement financée par le Ministère de la Culture. Ainsi, la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) finance le théâtre à 30%, la ville de Colmar à 25%, le Conseil régional à 13% et le Conseil général à 7% environ. Les recettes propres représentent 20 à 25% des produits du budget. Celui-ci s’élève au total à 2,5 millions d’euros.

« Nos mécènes contribuent au projet global de création et d’accueil de la structure, pas seulement à des projets ponctuels » Arnaud Koenig

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La petite salle de la CDE © DALGO

La Comédie de l’Est est une ancienne manufacture de tabac, ce qui lui vaut son surnom de « Manu » dans la région. Seuls de petits volets d’aération aux murs de la salle de spectacle principale témoignent de cet héritage. Aujourd’hui ils sont utilisés pour répercuter les voix. Le théâtre se compose de deux salles de répétition et de deux salles de spectacle, de 84 et 292 places, la deuxième abritant toujours un spectacle, sauf pendant les vacances scolaires. L’école de chant de l’Opéra national du Rhin, appelée Opéra Studio, dispose également de locaux au sein du bâtiment. L’équipe de la CDE est composée de 21 employés permanents.

« Le théâtre est un complément de l’école » Christel Laurent

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Accueil de la CDE © DALGO

Le directeur du théâtre, Guy Pierre Couleau, sélectionne environ 20 spectacles par an. Christel Laurent complète ce programme avec des productions jeune public. Adepte des nouveaux champs de la création dramatique, la Comédie de l’Est produit par exemple des spectacles en appartement

« Plusieurs heures avant le spectacle, les différents corps de métier viennent tester les effets. Le metteur en scène peut effectuer quelques raccords voire modifier des scènes. On est dans le spectacle vivant » Christel Laurent

  • L’esthétisme dramatique pour tous

Le pôle artistique est le poste le plus important du budget : en effet, la principale mission de la Comédie de l’Est est de créer et de diffuser des spectacles. L’esthétique dans l’art dramatique est une notion théâtrale défendue à l’échelle nationale. La prospective et la recherche sont donc privilégiées dans cette structure. Afin d’évaluer la production artistique du lieu, le Ministère de la Culture lui impose des contraintes de résultats chiffrés quant au montage des œuvres, aux œuvres nouvelles, aux auteurs vivants…

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Les loges de la CDE © DALGO

Trois autres objectifs lui sont assignés en tant que centre dramatique national : faire rayonner le territoire du Grand Est à l’échelle nationale, promouvoir la démocratisation culturelle c’est-à-dire accueillir de nouveaux publics et engager une politique de prix avantageuse.

« Plus il y a de propositions, plus il y a d’activité, plus il y a de public » Arnaud Koenig

L’ancrage territorial de ce théâtre se mesure principalement grâce aux enquêtes publiques, au recensement des adresses de billetterie et aux établissements scolaires avec lesquels elle travaille. Un véritable dialogue et un effort de coordination s’est instauré entre la CDE et les différents théâtres d’Alsace : rencontre des directeurs de programmation, consultation des différents services de relations publiques, échanges de publics… Selon Arnaud Koenig, le but n’est pas de se faire concurrence mais de développer les publics.

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La grande salle de la CDE © DALGO

« L’important est d’écouter ce qu’aiment les publics, de faire attention aux sensibilités pour instaurer une relation de confiance » Christel Laurent

Christel Laurent explique que le poste de relation avec le public ne consiste pas à faire vendre le spectacle mais à trouver des personnes relais dans différents services, hospitaliers ou pénitenciers par exemple, avec lesquelles elle peut monter une approche des spectacles de la CDE adaptée aux envies des différents types de publics.

Arnaud Koenig est administrateur à la Comédie de l’Est. Après avoir suivi des études de musique, il rejoint un orchestre puis des compagnies de danse. Il articule ces emplois avec des formations continues ce qui lui permet de passer par tous les postes : régie, relations publiques et communication, administration de petites puis de moyennes compagnies.

Christel Laurent est responsable des relations publiques à la CDE. Elle a obtenu une licence d’histoire puis a intégré l’Ecole du Louvre en muséologie. Elle a complété sa formation avec un DESS en gestion des entreprises culturelles en se spécialisant dans la médiation. Elle a notamment travaillé au Théâtre du Peuple à Bussang.

 

Visites Apogée Culture 5 et 6 : Le Centre Pompidou et l’Arsenal à Metz

Le 19 janvier 2015, Apogée Culture a organisé une visite du Centre Pompidou et de l’Arsenal à Metz accompagnée de 44 étudiants de l’université de Strasbourg. Les portes du Centre Pompidou nous ont été ouvertes par Anne Oster-Lioger, Benjamin Millazzo et Jules Coly du pôle public. L’après-midi, Michèle Paradon, déléguée artistique de l’Arsenal, nous a guidés au gré de ses splendides salles de concert. Présentation croisée de ces deux structures monumentales.

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Photo de groupe sur la terrasse de l’Arsenal © Simon Rannou
  • DEUX EPCC

Alors que le Centre Pompidou Metz est issu du programme de décentralisation culturelle lancé dans les années 2000 par l’Etat et de reconversion d’une friche, l’Arsenal découle d’un projet de réhabilitation d’une bâtisse militaire, impulsé par des lobbies de musique classique messins à la fin des années 1980.

Ces deux structures culturelles sont des établissements publics de coopération culturelle (EPCC).

« Les collectivités territoriales et leurs groupements peuvent constituer avec l’Etat un établissement public de coopération culturelle chargé de la gestion d’un service public culturel présentant un intérêt pour chacune des personnes morales en cause et contribuant à la réalisation des objectifs nationaux dans le domaine de la culture […] Les établissements publics de coopération culturelle sont des établissements publics à caractère administratif ou à caractère industriel et commercial, selon l’objet de leur activité et les nécessités de leur gestion » article L1431-1 du code général des collectivités territoriales

L’Arsenal fait partie de l’EPCC Metz en Scène, créé en 2009, dont font également partie les Trinitaires, une salle de musiques actuelles, et la BAM située à Borny, un quartier « sensible » de la ville. L’enjeu aujourd’hui pour cet EPCC est de trouver une synergie entre les trois structures, dont les services fonctionnent encore majoritairement de manière isolée.

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Exposition Phares au Centre Pompidou Metz © Simon Rannou

Le budget du Centre Pompidou est de 12,8 millions d’euros environ. Ce dernier est financé par Metz Métropole, par la région Lorraine et par le Département. Le Ministère de la Culture n’y contribue pas. Des mécènes et les ressources propres de billetterie complètent ses produits.

Le budget de l’Arsenal, lui, s’élève à 7 millions d’euros. Metz Métropole en est le principal financeur, la Région Lorraine y participe, tout comme le Ministère de la Culture qui l’accompagne sur quelques projets au cours de l’année. Les recettes de billetterie et la location des salles à titre privé bouclent les ressources de l’Arsenal.

« Quand il faut couper, c’est dur, mais il faut bien qu’on avance » Michèle Paradon

En 2014, le Centre Pompidou et l’Arsenal ont dû faire face à des incertitudes quant aux contributions des collectivités territoriales pour 2015, qui s’amenuisent d’année en année. La reconfiguration territoriale et les bords politiques de chacune d’entre elles constituent également des motifs d’inquiétude pour ces structures qui fonctionnent de plus en plus en « flux tendus ».

  • DEUX PROJETS ARCHITECTURAUX MASSIFS
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Centre Pompidou Metz © Simon Rannou

Le Centre Pompidou, inauguré en 2010, a été construit par Shigeru Ban et Jean de Gastines. Il arbore une forme hexagonale et tout en courbes, surmontée d’une charpente ondulée en double poutres. Il reprend les certains codes du Centre Pompidou Paris tels que la couleur jaune ou les tuyaux externes. Le Centre Pompidou s’inscrit dans un projet de réhabilitation de quartier qui devrait être appuyé par l’installation d’un nouveau centre commercial et d’un Palais des Congrès.

Malgré la contrainte imposée par une structure militaire, l’architecte catalan Ricardo Bofill a su donner un cachet moderne à la grande salle de l’Arsenal en travaillant avec des acousticiens et en l’enterrant en 1989. On se retrouve donc immergé dans une salle profonde de plus de 1340 places, installées à l’avant et à l’arrière de la scène. On peut ainsi voir l’orchestre ou le chef de face. Des poutrelles auxquelles sont accrochés des rideaux noirs et un plancher ont été ajoutés afin de pouvoir accueillir des spectacles de musique du monde, de jazz ou de danse.

  • L’OUVERTURE ET LA DIVERSIFICATION DES PUBLICS

« Nous fabriquons des outils pour que les malvoyants puissent approcher les œuvres comme la reproduction du « bol » d’Anish Kapoor représenté dans l’exposition Phares » Jules Coly

Ces deux structures bénéficient d’une visibilité et d’une reconnaissance internationale. Le Centre Pompidou accueille 350 000 visiteurs par an, ce qui en fait l’une des structures culturelles les plus visitées de province en France. Concernant L’Arsenal, plus de 250 000 personnes s’y rendent chaque année pour assister à un spectacle, à un événement ou visiter une exposition.

« Nous faisons en sorte que nos publics s’ouvrent à d’autres champs musicaux » Michèle Paradon

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Michèle Paradon à l’Arsenal © Simon Rannou

Le Centre Pompidou a mis en place des ateliers jeune public à destination d’adolescents qui peuvent s’y rendre quand ils le souhaitent. En ce moment, ce sont deux street-artistes de la région, Alexöne et Rensone, qui les animent. Une action à destination des enfants intitulée « Je suis une œuvre d’art » leur permettait également de jouer les régisseurs et les monteurs artistiques le temps d’une visite. En outre, des médiateurs culturels sont présents dans chacune des expositions pour informer les visiteurs et les informations sont adaptées aux plus jeunes par la présence de cartels ludiques expliquant chacune des œuvres de l’exposition.

Les actions de médiation de chacune de ces structures vers les publics dits « empêchés » tels que les handicapés, les prisonniers, les personnes hospitalisées… sont relayées par des associations telles que « Culture du cœur ».

  • DEUX PROJETS TRANSDISCIPLINAIRES

« Nous voulons accueillir des formes de concert innovantes » Michèle Paradon

Le Centre Pompidou n’a pas de collection propre mais bénéficie des œuvres de la collection du musée national d’art moderne c’est-à-dire du Centre Pompidou à Paris. Ces deux structures partagent la même marque et les mêmes objectifs, c’est-à-dire la promotion de la création moderne et contemporaine sous toutes ses formes et la diversification des publics. Des spectacles et des actions hors-les-murs animent la programmation du Centre. Ce dernier développe des actions de médiation innovantes : en ce moment, par exemple, l’exposition 1984-1999 La Décennie articule œuvres visuelles et sons en offrant au public la possibilité d’écouter des musiques et des entretiens grâce des audio-pen, stylos électroniques qui détectent une case papier et jouent le son associé.

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Petite salle de l’Arsenal © Simon Rannou

L’Arsenal, initialement prévu comme un ensemble destiné à la musique classique, cherche à ouvrir son offre musicale en déclinant les types de musiques classiques représentés et en ouvrant la programmation au jazz, aux musiques du monde et à la danse. Le bâtiment met en place des expositions de photographies dans l’une de ses salles. En outre, la structure accueille des spectacles innovants tels que « Musique pour 18 musiciens » composé d’une musique minimaliste accompagnée de danseurs amateurs éparpillés parmi les spectateurs. La mutualisation avec deux salles de musiques actuelles pourrait permettre à l’EPCC auquel appartient l’Arsenal de bénéficier du label SMAC (Scène de Musique Actuelle et Contemporaine).

« Nous accueillons des compositeurs qui travaillent en accord avec les enjeux contemporains » Michèle Paradon

  • DEUX STRUCTURES EN MUTATION

La direction du Centre Pompidou a changé à la fin de l’année 2014 : Emma Lavigne a remplacé Laurent Le Bon. Alors que ce dernier a travaillé à la notoriété du Centre, l’enjeu pour la nouvelle directrice est de le conserver tout en renforçant son ancrage territorial et la diversification de ses publics par la mise en place d’actions toujours innovantes et attractives. Les partenariats avec d’autres structures culturelles de la ville sont privilégiés.

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Michèle Paradon à l’étage de l’Arsenal © Simon Rannou

Concernant l’Arsenal, la mutualisation des trois scènes de musique reste un enjeu pour l’EPCC Metz en Scène, notamment dans la création d’outils facilitant la coordination de structures qui ne développent pas la même temporalité (par exemple, la programmation de l’Arsenal est close un an et demi à l’avance alors que celle des Trinitaires est fixée trois à six mois en avance). Par ailleurs, l’Arsenal tente de se tourner vers un soutien européen en retravaillant son aspect « élitiste » et en transférant son gage de qualité sur d’autres types de musiques et de spectacles.

Le Centre Pompidou Metz

Anne Oster-Lioger est responsable des relations avec les établissements d’enseignement. Elle est en charge des visites et ateliers jeune public. Elle a été enseignante pendant 22 ans avant de reprendre des études d’arts du spectacle option cinéma. Elle est titulaire d’une maîtrise en arts plastique. Soucieuse de rapprocher l’éducation et l’art, elle rencontre l’ancien directeur du Centre Pompidou et actuel président du Musée Picasso à Paris Laurent Le Bon en 2009, qui l’engage alors dans l’équipe du Centre.

Benjamin Millazzo est chargé du développement des publics et de la fidélisation. Il effectue les études des publics et contribue à l’établissement de la grille tarifaire du Centre Pompidou. Il est issu d’une formation en communication.

Jules Coly est chargé de l’accueil et de l’information. Il gère l’accès des publics dits « empêchés » au Centre Pompidou. Il est issu d’une formation en communication.

L’Arsenal

Michèle Paradon est déléguée artistique de l’Arsenal depuis plus d’une vingtaine d’année. Elle prépare la programmation artistique de l’Arsenal avec un budget artistique d’environ 1 million d’euros. Pour ce faire, elle visite des festivals de musique tels que celui de Saintes, de Radio France à Montpellier, d’Avignon, d’Aix en Provence… tout en gardant un œil sur les productions voisines d’Allemagne et de Belgique, qui abordent le concert d’une manière innovante. Michèle Paradon a fait des études de droit puis s’est spécialisée dans le cinéma d’arts et d’essai. Elle a ensuite étudié à l’Institut Supérieur de Management Culturel créé par Claude Mollard, l’un des instigateurs de ce type de formation. Elle effectue alors son stage à l’Arsenal pour préparer l’inauguration. Elle y est restée jusqu’à aujourd’hui.

Visite Apogée Culture 4 : La Chambre

Des catcheurs congolais sur la place d’Austerlitz à Strasbourg, c’est ce que nous donne à voir l’association La Chambre le 12 janvier 2015 à 17 heures. Exploration d’un espace photographique téméraire.

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Christophe Thiebaut et Emeline Dufrennoy © Simon Rannou

Nous somme seize aujourd’hui à venir visiter La Chambre située au 4 place d’Austerlitz. De nuit, les photos résonnent et attirent les passants qui se collent aux vitres comme des papillons. En effet, à cette heure, La Chambre est fermée au public mais n’est pas noire : après nous, elle accueillera des apprentis à 19h.

« Les professionnels de La Chambre savent optimiser, tant leur espace que leur temps et leurs actions » Emeline Dufrennoy

Nous sommes accueillis par le président de La Chambre, Christophe Thiebaut, par sa directrice Emeline Dufrennoy et par son administratrice, Coralie Athanase. Avant tout, le président de l’association nous dresse l’histoire de ce lieu atypique alors que nous nous tenons au milieu de congolais spectaculaires photographiés par Colin Delfosse, jeune auteur belge membre du collectif Out of Focus. L’association La Chambre est née d’une scission avec l’association Chambre à Part, majoritairement composée de photographes et destinée à la promotion de leur travail. En effet, meus par la volonté d’exposer de jeunes photographes du monde mais aussi de participer à leur formation, Emeline Dufrennoy, Christophe Thiebault et leurs partenaires se lancent dans la création de La Chambre, qui correspond aujourd’hui à ce lieu dans lequel nous déambulons. Des bureaux administratifs à quelques mètres – que nous rejoindrons plus tard pour un échange privilégié avec les intervenants sur des questions d’administration culturelle – et des chambres prêtes à recevoir des photographes en résidence l’accompagnent.

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Emeline Dufrennoy © Simon Rannou

L’espace principal correspond à une ancienne galerie d’artisans décorateurs particulièrement bien adaptée à l’exposition de photos du fait de ses lumières protectrices. Deux salles d’exposition et une salle destinée à la médiation photographique la compose. Selon Emeline Dufrennoy, les professionnels de La Chambre savent optimiser, tant leur espace que leur temps et leurs actions.

« Il faut être astucieux, créatif et avoir de la chance » Christophe Thiebaut

Sept salariés dont quatre à temps plein, cinq à six expositions par an et quatre à cinq expositions par an hors-les-murs, environ 30 000 visiteurs au total, La Chambre est une affaire qui roule. Néanmoins, « il faut chercher des ressources tout azimut » rappelle Christophe Thiebaut. L’association dispose d’environ un tiers de financement publics assorti de financements privés et de quelques ressources propres grâce à la billetterie et aux cours. « Il faut être astucieux, créatif et avoir de la chance » ajoute le président de La Chambre. Le bon fonctionnement de cette organisation nécessite donc « un dialogue soutenu » entre les membres, des missions pour chacun bien définies et une feuille d’objectifs précis. En outre, l’association fonctionne selon une logique de « spécularisation », c’est-à-dire par saison en dessinant à l’avance son programme artistique, et en gardant une dynamique de coproduction avec d’autres salles d’expositions artistiques.

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La Chambre © Simon Rannou

Concernant les actions qu’elle met en place, La Chambre est présente sur de nombreux fronts tout en gardant son cap : l’exposition et la formation à l’image. Elle organise entre autre des actions de médiation auprès de publics dits empêchés, des cours du soir pour différents niveaux et des expositions historiques chaque été.

Par ailleurs, elle répond à des missions photos pour Strasbourg en accompagnant les artistes sélectionnés, organise le festival de photographie Oblick en partenariat avec l’Allemagne et la Suisse et grâce à des fonds européens, prépare la formation Perspective pour accompagner de jeunes auteurs, parfois jusqu’à Arles et son festival international de la photographie et multiplie les opérations hors-les-murs comme au Sofitel de Strasbourg ou à la brasserie Schtuzenberger à Shiltigheim.

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Réunion post-visite © Simon Rannou

L’association présente actuellement sa quatrième saison, et la promeut grâce à des cartes postales qui ornent peut-être déjà les murs de chambres strasbourgeoises.

Pour plus d’informations, consultez le site de La Chambre

 

Visite Apogée Culture 3 : Le Théâtre National de Strasbourg (TNS)

Le 05 décembre 2014, Camille Ichou, stagiaire en relations publiques au TNS, nous ouvre les portes de l’un des cinq théâtres nationaux de France. Découvrez l’envers du décor.

Camille Ichou © Simon Rannou
Camille Ichou © Simon Rannou

On se donne rendez-vous devant l’entrée Marseillaise du TNS, sur le flanc du théâtre. Mais c’est depuis l’entrée de la République que Camille Ichou nous présente les grandes lignes de ce théâtre de renom, après nous avoir hissés le long des couloirs silencieux qui jouxtent la salle Bernard-Marie Koltes. De là, on apprend par exemple qu’un orchestre de 500 places se tient au-dessus de nos têtes, un orchestre fantôme puisqu’il est aujourd’hui inaccessible pour des raisons de sécurité.

Fiche de présentation TNS

Voilà que l’on pénètre la salle Bernard-Marie Koltes, du nom du célèbre dramaturge qui intégra l’école du TNS en tant que régisseur. C’est une salle à l’italienne, parée de velours couleur prune. Cette salle contient 600 places nous annonce Camille Ichou, mais seulement 570 sont  accessibles. Elle se compose de l’« orchestre » (pare-terre), d’une « corbeille » (1er balcon), et du « poulailler » « ou paradis » (2ème balcon). Ces mots, issus du doux vocabulaire théâtral, font respectivement référence à un espace où les spectateurs piaillent, à celui duquel on peut admirer de grandes femmes en fleur et à celui enfin, qui côtoie les peintures célestes que certains théâtres arborent à leur plafond.

On imagine le café brûlant qui a pu réchauffer la poitrine d’un comédien épuisé

La régie © Simon Rannou
La régie © Simon Rannou

La visite se poursuit par la cabine des régisseurs étriquée par des douzaines de fils et des bureaux presque vides, l’un séparé de la salle par une vitre (celui du régisseur lumière) et l’autre non (celui du régisseur son) pour ne mettre aucune barrière entre ses oreilles et la réalité sonore d’un spectacle. Quelques minutes plus tard, nous voilà sur le plateau, nu, voire éviscéré puisque ce sont ses entrailles (projecteurs, rideau de fer, élingues, « servante »…) qui nous entourent. Le spectacle Lancelot du Lac vient de se terminer. Repos d’une semaine pour cette scène et ses dessous chargés de matériaux en pagaille et de tapis pour étouffer le bruit des pas.

Nos mains peuvent glisser le long des velours, des carcasses pailletées, des dentelles et des falbalas

Le plateau © Simon Rannou
Le plateau © Simon Rannou

Camille Ichou nous guide finalement vers les loges et la salle des costumes. Les premières sont vides, mais la préparation mentale et corporelle des comédiens nous saute aux yeux lorsque l’on allume les ampoules rondes au-dessus du grand miroir rectangulaire. On imagine le café brûlant qui a laissé sa trace sur la table à maquillages et qui a pu réchauffer la poitrine d’un comédien épuisé. La salle des costumes, malgré la nuit, rayonne. Des fils, des tissus, des machines à coudre, des costumes… s’entassent par ordre de couleurs et de matières au quatre coins de la pièce. Des mannequins de tissus, comme en conversation, sont regroupés près de la fenêtre. Les rouleaux de tissus forment un mur de bulles alors que nos mains peuvent glisser le long des velours, des carcasses pailletées, des dentelles et des falbalas. Par ailleurs, ce sont 3000 autres costumes du TNS qui sont entreposés à Illkirch.

La salle des costumes © Simon Rannou
La salle des costumes © Simon Rannou

Bien que la visite s’effectue dans des espaces déserts, on perçoit l’agitation des faiseurs de théâtre, tangible dans chacun des espaces que nous venons de traverser. Les vivants du spectacle sont là.