Le 19 janvier 2015, Apogée Culture a organisé une visite du Centre Pompidou et de l’Arsenal à Metz accompagnée de 44 étudiants de l’université de Strasbourg. Les portes du Centre Pompidou nous ont été ouvertes par Anne Oster-Lioger, Benjamin Millazzo et Jules Coly du pôle public. L’après-midi, Michèle Paradon, déléguée artistique de l’Arsenal, nous a guidés au gré de ses splendides salles de concert. Présentation croisée de ces deux structures monumentales.

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Photo de groupe sur la terrasse de l’Arsenal © Simon Rannou

  • DEUX EPCC

Alors que le Centre Pompidou Metz est issu du programme de décentralisation culturelle lancé dans les années 2000 par l’Etat et de reconversion d’une friche, l’Arsenal découle d’un projet de réhabilitation d’une bâtisse militaire, impulsé par des lobbies de musique classique messins à la fin des années 1980.

Ces deux structures culturelles sont des établissements publics de coopération culturelle (EPCC).

« Les collectivités territoriales et leurs groupements peuvent constituer avec l’Etat un établissement public de coopération culturelle chargé de la gestion d’un service public culturel présentant un intérêt pour chacune des personnes morales en cause et contribuant à la réalisation des objectifs nationaux dans le domaine de la culture […] Les établissements publics de coopération culturelle sont des établissements publics à caractère administratif ou à caractère industriel et commercial, selon l’objet de leur activité et les nécessités de leur gestion » article L1431-1 du code général des collectivités territoriales

L’Arsenal fait partie de l’EPCC Metz en Scène, créé en 2009, dont font également partie les Trinitaires, une salle de musiques actuelles, et la BAM située à Borny, un quartier « sensible » de la ville. L’enjeu aujourd’hui pour cet EPCC est de trouver une synergie entre les trois structures, dont les services fonctionnent encore majoritairement de manière isolée.

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Exposition Phares au Centre Pompidou Metz © Simon Rannou

Le budget du Centre Pompidou est de 12,8 millions d’euros environ. Ce dernier est financé par Metz Métropole, par la région Lorraine et par le Département. Le Ministère de la Culture n’y contribue pas. Des mécènes et les ressources propres de billetterie complètent ses produits.

Le budget de l’Arsenal, lui, s’élève à 7 millions d’euros. Metz Métropole en est le principal financeur, la Région Lorraine y participe, tout comme le Ministère de la Culture qui l’accompagne sur quelques projets au cours de l’année. Les recettes de billetterie et la location des salles à titre privé bouclent les ressources de l’Arsenal.

« Quand il faut couper, c’est dur, mais il faut bien qu’on avance » Michèle Paradon

En 2014, le Centre Pompidou et l’Arsenal ont dû faire face à des incertitudes quant aux contributions des collectivités territoriales pour 2015, qui s’amenuisent d’année en année. La reconfiguration territoriale et les bords politiques de chacune d’entre elles constituent également des motifs d’inquiétude pour ces structures qui fonctionnent de plus en plus en « flux tendus ».

  • DEUX PROJETS ARCHITECTURAUX MASSIFS
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Centre Pompidou Metz © Simon Rannou

Le Centre Pompidou, inauguré en 2010, a été construit par Shigeru Ban et Jean de Gastines. Il arbore une forme hexagonale et tout en courbes, surmontée d’une charpente ondulée en double poutres. Il reprend les certains codes du Centre Pompidou Paris tels que la couleur jaune ou les tuyaux externes. Le Centre Pompidou s’inscrit dans un projet de réhabilitation de quartier qui devrait être appuyé par l’installation d’un nouveau centre commercial et d’un Palais des Congrès.

Malgré la contrainte imposée par une structure militaire, l’architecte catalan Ricardo Bofill a su donner un cachet moderne à la grande salle de l’Arsenal en travaillant avec des acousticiens et en l’enterrant en 1989. On se retrouve donc immergé dans une salle profonde de plus de 1340 places, installées à l’avant et à l’arrière de la scène. On peut ainsi voir l’orchestre ou le chef de face. Des poutrelles auxquelles sont accrochés des rideaux noirs et un plancher ont été ajoutés afin de pouvoir accueillir des spectacles de musique du monde, de jazz ou de danse.

  • L’OUVERTURE ET LA DIVERSIFICATION DES PUBLICS

« Nous fabriquons des outils pour que les malvoyants puissent approcher les œuvres comme la reproduction du « bol » d’Anish Kapoor représenté dans l’exposition Phares » Jules Coly

Ces deux structures bénéficient d’une visibilité et d’une reconnaissance internationale. Le Centre Pompidou accueille 350 000 visiteurs par an, ce qui en fait l’une des structures culturelles les plus visitées de province en France. Concernant L’Arsenal, plus de 250 000 personnes s’y rendent chaque année pour assister à un spectacle, à un événement ou visiter une exposition.

« Nous faisons en sorte que nos publics s’ouvrent à d’autres champs musicaux » Michèle Paradon

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Michèle Paradon à l’Arsenal © Simon Rannou

Le Centre Pompidou a mis en place des ateliers jeune public à destination d’adolescents qui peuvent s’y rendre quand ils le souhaitent. En ce moment, ce sont deux street-artistes de la région, Alexöne et Rensone, qui les animent. Une action à destination des enfants intitulée « Je suis une œuvre d’art » leur permettait également de jouer les régisseurs et les monteurs artistiques le temps d’une visite. En outre, des médiateurs culturels sont présents dans chacune des expositions pour informer les visiteurs et les informations sont adaptées aux plus jeunes par la présence de cartels ludiques expliquant chacune des œuvres de l’exposition.

Les actions de médiation de chacune de ces structures vers les publics dits « empêchés » tels que les handicapés, les prisonniers, les personnes hospitalisées… sont relayées par des associations telles que « Culture du cœur ».

  • DEUX PROJETS TRANSDISCIPLINAIRES

« Nous voulons accueillir des formes de concert innovantes » Michèle Paradon

Le Centre Pompidou n’a pas de collection propre mais bénéficie des œuvres de la collection du musée national d’art moderne c’est-à-dire du Centre Pompidou à Paris. Ces deux structures partagent la même marque et les mêmes objectifs, c’est-à-dire la promotion de la création moderne et contemporaine sous toutes ses formes et la diversification des publics. Des spectacles et des actions hors-les-murs animent la programmation du Centre. Ce dernier développe des actions de médiation innovantes : en ce moment, par exemple, l’exposition 1984-1999 La Décennie articule œuvres visuelles et sons en offrant au public la possibilité d’écouter des musiques et des entretiens grâce des audio-pen, stylos électroniques qui détectent une case papier et jouent le son associé.

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Petite salle de l’Arsenal © Simon Rannou

L’Arsenal, initialement prévu comme un ensemble destiné à la musique classique, cherche à ouvrir son offre musicale en déclinant les types de musiques classiques représentés et en ouvrant la programmation au jazz, aux musiques du monde et à la danse. Le bâtiment met en place des expositions de photographies dans l’une de ses salles. En outre, la structure accueille des spectacles innovants tels que « Musique pour 18 musiciens » composé d’une musique minimaliste accompagnée de danseurs amateurs éparpillés parmi les spectateurs. La mutualisation avec deux salles de musiques actuelles pourrait permettre à l’EPCC auquel appartient l’Arsenal de bénéficier du label SMAC (Scène de Musique Actuelle et Contemporaine).

« Nous accueillons des compositeurs qui travaillent en accord avec les enjeux contemporains » Michèle Paradon

  • DEUX STRUCTURES EN MUTATION

La direction du Centre Pompidou a changé à la fin de l’année 2014 : Emma Lavigne a remplacé Laurent Le Bon. Alors que ce dernier a travaillé à la notoriété du Centre, l’enjeu pour la nouvelle directrice est de le conserver tout en renforçant son ancrage territorial et la diversification de ses publics par la mise en place d’actions toujours innovantes et attractives. Les partenariats avec d’autres structures culturelles de la ville sont privilégiés.

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Michèle Paradon à l’étage de l’Arsenal © Simon Rannou

Concernant l’Arsenal, la mutualisation des trois scènes de musique reste un enjeu pour l’EPCC Metz en Scène, notamment dans la création d’outils facilitant la coordination de structures qui ne développent pas la même temporalité (par exemple, la programmation de l’Arsenal est close un an et demi à l’avance alors que celle des Trinitaires est fixée trois à six mois en avance). Par ailleurs, l’Arsenal tente de se tourner vers un soutien européen en retravaillant son aspect « élitiste » et en transférant son gage de qualité sur d’autres types de musiques et de spectacles.

Le Centre Pompidou Metz

Anne Oster-Lioger est responsable des relations avec les établissements d’enseignement. Elle est en charge des visites et ateliers jeune public. Elle a été enseignante pendant 22 ans avant de reprendre des études d’arts du spectacle option cinéma. Elle est titulaire d’une maîtrise en arts plastique. Soucieuse de rapprocher l’éducation et l’art, elle rencontre l’ancien directeur du Centre Pompidou et actuel président du Musée Picasso à Paris Laurent Le Bon en 2009, qui l’engage alors dans l’équipe du Centre.

Benjamin Millazzo est chargé du développement des publics et de la fidélisation. Il effectue les études des publics et contribue à l’établissement de la grille tarifaire du Centre Pompidou. Il est issu d’une formation en communication.

Jules Coly est chargé de l’accueil et de l’information. Il gère l’accès des publics dits « empêchés » au Centre Pompidou. Il est issu d’une formation en communication.

L’Arsenal

Michèle Paradon est déléguée artistique de l’Arsenal depuis plus d’une vingtaine d’année. Elle prépare la programmation artistique de l’Arsenal avec un budget artistique d’environ 1 million d’euros. Pour ce faire, elle visite des festivals de musique tels que celui de Saintes, de Radio France à Montpellier, d’Avignon, d’Aix en Provence… tout en gardant un œil sur les productions voisines d’Allemagne et de Belgique, qui abordent le concert d’une manière innovante. Michèle Paradon a fait des études de droit puis s’est spécialisée dans le cinéma d’arts et d’essai. Elle a ensuite étudié à l’Institut Supérieur de Management Culturel créé par Claude Mollard, l’un des instigateurs de ce type de formation. Elle effectue alors son stage à l’Arsenal pour préparer l’inauguration. Elle y est restée jusqu’à aujourd’hui.